Rencontré au boulot, Kei, dandy parisien d'origine, immense, cintré dans ses costumes et aussi fascinant à regarder se mouvoir qu'un épouvantail qui se mettrait à marcher.
Exilé depuis 10 ans sur ces terres canadiennes, il a depuis été naturalisé par son pays d'adoption et a découvert, sous le manteau pendant deux ans et demi, la folle vie new-yorkaise, celle qui marque et tâche l'âme de tout être extirpé de la superficialité du tourisme temporaire. Le schéma est peu clair, mais étant donné qu'il est maintenant responsable événementiel de l'endroit et du bar lounge de l'hôtel, il a sans doute oeuvré dans le même quartier de (la grosse) pomme.
Découvert par les autorités et dépossédé d'une vie qu'il menait avec force conviction, il a été prié d'abandonner tout espoir et de retourner au Canada. Malgré la belle vie qu'il y a retrouvé (train de vie et sphères stratosphériques), l'amour est mort et les choses ont changé. Séparé de sa copine, du rythme entêtant de New-York, coupé de tout et angoissé par ses réveils matinaux, il a fini par me dire, après ma version des faits, que nous avons vécu la même chose, à des intensités sans doutes différentes, même si le cœur y était à chaque fois. Avec ces confessions tombées de nulle part, je gagne un allié étrange dans la place (d'armes), et continue d'errer dans les couloirs feutrés du lieu. Son masque charmeur, particulièrement efficace auprès des serveuses qu'il emploie, tombe en présence de nos échanges.
Parfois, Kei passe dans le lobby, m'adresse un signe de convenance et reprend des fils de discussion perdus, comme ces moments loin de cette métropole qui nous aurons trop marqués. On s'enquiert des projets de chacun, entre romantisme urbain effréné et froide réalité, ce qui me fait me demander quelles seraient mes légitimes réactions quand j'y retournerai ; y avoir déjà pensé ne suffit plus, il va falloir y réfléchir à tête reposée, d'autant que le planning de voyage nous impose de nouvelles directions (on reviendra dessus). Angélique me prévenait déjà du piège de revoir New-York alors que la mission Canada n'attend pas, mais il ne s'agit plus uniquement de ça (nous sommes 4 à vouloir écumer la côte Est), New-York est un légitime point de passage obligatoire. Nous sommes partis de France pour vivre un road-trip magnifique, porté par les routes, et nous avons bien l'intention d'en profiter quoi qu'il en coûte.
L'effet perpétuel de décalage se poursuit, d'ici deux semaines, Montréal risque d'être un bien lointain souvenir...

2 commentaires:
c'est aussi beau que du Kerouac !
Agreed.
"Avoir mal sera la certitude d'être bel et bien vivant." Oui mais tu l'es, vivant, rien à prouver. On peut limiter la casse.
Pas facile, pas évident du tout même, ce statut de perpétuel voyageur. Ce genre de retour à un endroit si fort dans la mémoire m'effrayerait un peu aussi. Mais bon ça parait inévitable. Quitte à te jeter dans la gueule du loup, vas-y entièrement.
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